Témoignage de Marie- Christine
Présentation
J’ai 48 ans, je suis professeur en lycée professionnel à Montpellier.
Paralysée totalement d’une jambe, à la suite d’une poliomyélite contractée toute petite, j’ai quand même pu poursuivre une scolarité normale, puis des études d’infirmière, en passant par la case sport (championne de France handisport en natation et en voile, diplôme de Maître Nageur Sauveteur, dans les années 70).
J’ai débuté en 1982 dans l’éducation nationale comme Maître Auxiliaire. Stagiaire en 1987 , mon invalidité pourtant déjà déclarée a retardé ma titularisation, car un accident du travail pendant le stage aggravait mon handicap, m’obligeant à me soumettre à la commission nationale d’aptitude. Enfin titularisée en 1990, j’ai encore du attendre 1991 pour pouvoir travailler dans la ville de mon domicile familial, où vivaient mon mari et mes deux enfants en bas âge.
En 1999, un épuisement physique et une aggravation assez brutale de mon état ont justifié un arrêt prolongé. Un diagnostic de syndrome neurologique évolutif a été posé en 2000, maladie à évolution peu rapide : la poursuite d’une activité professionnelle était donc envisageable, mais à condition de l’adapter à cette pathologie, où la fatigue importante est un signe clinique mais aussi un facteur aggravant.
Conditions de travail
Grâce à la grande compréhension, à l’humanité et à l’efficacité de la direction de mon lycée, la poursuite d’une activité à temps-plein a pu être prolongée 4 années scolaires. La 4ème année, changement de lycée (mesure de carte scolaire), donc de direction et de qualité d’écoute…
En 2004/2005, un congé de formation me permettait de compléter mes études (obtention d’un Master mention TB) et m’offrait un répit.
Reprise très difficile en 2005, fatiguée par le rythme imposé, quasi obligée de recourir au fauteuil roulant pour le travail, je demandais un « aménagement de service » sur les conseils d’Edith. Je souhaitais conserver un mi-temps d’enseignement et proposais de compléter mon service par une mission dans le champ des compétences obtenues grâce au Master dans des actions sanitaires ou sociales.
Après quelques difficultés, cet aménagement m’a été accordé en janvier 2006, avec une mission portant sur l’étude des conditions favorisant la scolarisation des élèves handicapés moteurs. Mon aménagement a été reconduit pour 2006/2007 avec une nouvelle mission dans le cadre de l’ASH (Adaptation et Scolarisation des Handicapés).
Ces missions me permettent d’aménager mon temps de travail à domicile, de communiquer par mail et téléphone avec les partenaires (associations, enseignants, élèves…), les quelques déplacements pouvant être programmés en fonction de mon état, et non pas fixés comme dans un emploi du temps hebdomadaire.
Je commence à avoir des difficultés respiratoires limitant ma capacité à effectuer les cours théoriques en classe entière qui me sont toujours imposés. Mon aménagement est donc complété cette année par des aides techniques qui viennent de m’être accordées autant pour les cours que pour la mission : un ordinateur portable et un vidéo-projecteur (difficultés pour écrire au tableau). Le neurologue m’a prescrit la motorisation de mon fauteuil roulant, et le rectorat devrait théoriquement compléter le financement, après la sécurité sociale et la MGEN.
Commentaires et actions
Le coût total des aides techniques et du remplacement effectué sur ma décharge de cours est certainement inférieur à celui qu’aurait impliqué ma mise en congé de longue maladie ou de longue durée. Une mise à la retraite anticipée provoquerait une perte de revenu trop préjudiciable pour moi au moment où les frais risquent de se multiplier.
Je reste ainsi avant tout quelqu’un en activité, capable de faire face financièrement aux études de mes enfants, heureuse et fière d’être utile dans la mesure de mes possibilités.
La mission que j’ai remplie a un peu contribué à l’ouverture d’une UPI pour élèves handicapés moteurs à Montpellier à la rentrée 2006, et n’aurait sans doute jamais été financée sans mon aménagement de service.
Avec d’autres collègues, j’ai suivi Edith et nous avons participé à la fondation du « CHEMIN », association destinée à faire connaître aux collègues handicapés et malades les possibilités offertes aujourd’hui, afin qu’ils demandent à en bénéficier si nécessaire, pour conserver leur dignité de travailleurs, et les moyens financiers qui y sont liés, comme nous.
(http://handipublic.over-blog.org , le.chemin.lr@gmail.com)
Nous avons découvert le retard manifeste de l’éducation nationale dans ce domaine, et espérons aider le ministère à le combler, comme l’ont déjà fait d’autres associations du même type dans d’autres ministères, pour leurs fonctionnaires.
Enfin, dernière remarque, le facteur le plus facilitant et le moins cher est la qualité des relations établies avec les personnes dont nous dépendons et la compréhension qu’ils ont de nos problèmes. A nous donc d’être pédagogues et de leur faire comprendre que nous ne demandons pas des « passe-droits ». Après des difficultés au début, nous avons établi des relations de qualité avec la Direction des Ressources Humaines du Rectorat de Montpellier. Malheureusement, toutes les décisions nous concernant ne sont pas prises à ce seul niveau. Nous militons donc pour l’information la plus large de tous les personnels.

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