Retraite (suite...)
Le 16 septembre 2006
Chers amis du Chemin
Après avoir lu la Circulaire de Rentrée, de tous ceux qui se préparent à travailler, je suis allée visiter le blog et j’ai eu envie de raconter mon expérience, lorsque, atteinte de la maladie de Parkinson je voulais absolument continuer à travailler parce que j’aimais mon métier et ne supportais pas d’être obligée de quémander une aide qui m’était due. Je ne voulais pa s être assistée. Je me suis initiée à l‘informatique, et quand je ne pouvais pas écrire au tableau, je projetais le cours sur un écran. Les fautes avaient un code le mot était souligné sur la copie et les élèves devaient écrire dans la marge, le type de faute à partir d’une fiche. En langue l’enseignement est basé sur l’oral., donc c’était possible. Je n’avais demandé qu’une salle équipée d ’un rétro et de rideaux et un emploi du temps « aéré, » ce que les proviseurs ont accepté dans la mesure du possible.
Quand mon état s’est aggravé, j’ai demandé un emploi de réadaptation, et la chose la plus horrible qu’il m’ait été donné d’entendre, après avoir effectué toutes les formalités, ce fut
« votre cas ne relève pas de la réadaptation » c’est cette phrase qui a motivé mon adresse au médecin du rectorat et a fait que je n’ai pas baissé les bras. Je me suis battue seule contre une administration qui m’invitait plutôt à profiter des failles du système…
Voici mon témoignage à travers la lettre adressée au Médecin Conseil du Rectorat en avril 2003
Par respect pour ces personnes qui m’ont aidée, j’ai ôté les noms et les lieux…
Le 1er avril 2003
Objet : Au sujet de la réponse négative faite à ma demande d’un emploi de réadaptation
Médecin Conseil du Rectorat
C’est au Médecin Conseil que j’adresse, non pas des reproches, car je sais bien que vous ne faites pas les textes, et ne disposez pas des budgets, mais je dirai «le ressenti » que j’ai éprouvé, en lisant cette phrase qui tombe pour moi comme un couperet « votre dossier ne relève pas de la réadaptation ». Il faut bien que ce ressenti ait un lieu d’adresse, si l’on veut essayer de vivre un peu plus sereinement les décisions prises par une Administration, sans identité et qui à force d’être sans visage et sans état d’âme, devient passablement inhumaine, malgré le souci qui est le vôtre en tant que Médecin.
Je suis atteinte d’une maladie de parkinson, diagnostiquée depuis la fin de l’ année 1995.
Comme médecin, vous savez ce que cette maladie, où votre corps vous échappe, peut impliquer comme perte d’estime de soi, même si le pronostic n’est pas vital.
Jusqu’au mois d’octobre, dernier, j’ai assuré sans absences notable mon service, auprès d’une population d’élèves de lycée professionnel, souvent en grande difficulté et cela non pas par héroïsme, ni courage, je n’en ai pas plus que d’autres, mais parce que j’ai toujours pensé que s’investir dans une tâche, un métier, des projets et des recherches que l’on aime est la meilleure façon de lutter contre toute maladie.
L’évolution progressive a fait que je ne puis, pour l’instant travailler à plein temps devant des élèves : ce qui ne signifie pas que je sois inapte à la fonction enseignante.
Cette maladie est qualifiée parla S.S de « maladie invalidante et de longue durée », mais n’est pas reconnue comme ouvrant droit à un congé de Longue Durée, autre contradiction ! Et de taille, car après une année à plein traitement, le fonctionnaire atteint de cette pathologie et qui ne pourrait reprendre son activité verrait son salaire amputé de moitié, alors que la maladie implique des soins coûteux, une aide et plus tard une tierce- personne, quand le malade vit seul : ce qui est mon cas. Il a donc besoin d’une retraite pleine et entière qui n’est possible qu’avec (et pour l’instant 37,5 ans de cotisations) - sans préjuger de l’augmentation inévitable de la durée des cotisations programmée pour juin prochain.
Ces deux raisons : me battre contre la maladie et pouvoir obtenir une retraite pleine et entière, ont fait que j’ai demandé à bénéficier d’un emploi de réadaptation. Il me fut répondu, avec la froideur administrative, d’un papier jeté dans un casier… « Votre cas ne relève pas d’un emploi de « réadaptation » et de quoi relèverait-t-il alors ?
Ce pourrait être vrai stricto- sensus , puisque en l’état actuel des connaissances médicales, cette pathologie étant à ce jour « incurable » il ne peut y avoir de « réadaptation » puisqu’il ne saurait être question de « guérison »… Mais ce refus est cruel, sachant que si l’on voulait, l’on pourrait aussi entendre le terme de « réadaptation » comme une réadaptation de la fonction enseignante à la situation physique dans laquelle est placé l’enseignant du fait de son handicap.
En demandant un emploi au CNED, je demandai un emploi conforme à mes capacités actuelles qui m’aurait permis de terminer les deux ans et demi qui me restent à faire, avec un peu plus de confort et de sérénité. Je sais aussi que nombre d’élèves s’adressent au CNED en raison d’un handicap et que dans ce domaine les besoins sont réels. Réels aussi, les besoins en professeurs aptes à comprendre leurs difficultés et j’ estimai de ce fait y avoir ma place.
J’ai rendu maints services à l’Education, en participant pendant des années à la formation des maîtres. Je me suis toujours impliquée dans mon métier que j’aime et que je n’ai pas envie de quitter avant l’heure. Une Administration qui est incapable de proposer des solutions humaines à ses agents qui l’ont loyalement servie pendant plus de trente cinq ans, qui fait fi des ressources humaines, et ne peut que répondre à une demande expliquée et formulée clairement lors d’un entretien préalable six mois auparavant, que cette demande ne relève pas de sa compétence, est décidément bien « handicapée... »
Dois-je comprendre en effet, qu’une fois les droits épuisés, il ne reste aux personnes dans ma situation, qu’à admettre le principe d’une « réforme pour invalidité » ? Cela est dur à entendre, quand on sait qu’on a encore des choses à faire et à vivre dans l’institution. C’est pourquoi, j’ai décidé d’adresser à Monsieur le Ministre, ma demande de recours gracieux contre la décision des Instances Paritaires Académiques.
Voici ce que j’avais besoin de dire et pas seulement pour moi-même, pour tous ceux qui partagent mes difficultés. J’espère seulement que vous accepterez de l’entendre et d’en transmettre l’esprit, secret médical obligeant, pour que changent les institutions où nous sommes et qui sont aussi ce que nous en faisons.
Recevez, mes remerciements et mes salutations les plus cordiales.
D.B
Quel fut mon sort après ce courrier d’avril 2003 ?
Il me fallait aller jusqu’au 29 décembre 2005, date de mes 60 ans, et pour la retraite complète, je devais 38,5 années. J’avais épuisé mon congé de longue maladie et une partie du mi-temps thérapeutique
Et j’étais indignée à l’idée d’être « réformée » pour inaptitude. C’est mon Proviseur, aidé des RH et du médecin qui ont trouvé la solution. Il fallait quelqu’un aux relations internationales pour réaliser une plaquette, codifier les divers enseignements et servir de lien. J’ai fini d’une
façon passionnante mon mi-temps, puis ai repris 4 mois à plein temps en faisant le travail informatique en partie chez moi… Ce mi-temps thérapeutique redonne droit à une année de congés de longue maladie En échange et pour éviter les remplacements au pied levé, nuisibles aux élèves, j’ai dû renoncer à mon poste ( ce qui m’a valu une altercation violente avec un responsable syndical qui prétendait, parce que je m’étais débrouillée seule, que j’étais la plus favorisée de l’Académie !) et m’engager à demander ma retraite pour invalidité dès la rentrée 2005 2006 : Ce que j’ai fait. J’ai terminé ma carrière en décembre 2005, avec un demi-traitement et un complément mutualiste de 28% (non imposable ) ce qui reste digne.
Quelle est ma situation actuelle ?
Titulaire d’une pension civile d’invalidité, dans la Fonction publique, les errements et la galère ne sont pas terminés
D’abord je précise qu’il est très important de demander sa retraite au titre de l’invalidité, car vous est attribué un pourcentage d’invalidité par la commission de réforme. Dans mon cas 90% d’invalidité. La COTOREP qui n’a pas les mêmes critères m’a octroyé 80% . Ce taux donne droit à une part et demie pour les impôts à la date de la demande ( donc gardez un double de vos lettres et n’attendez pas le dernier moment. )
En général, quand on bénéficie de sa retraite complète, (environ 2500 €, PLP2 HC )il ne vous est pas attribué de prestation compensatoire. J’ai même reçu un papier moralisateur, me rappelant que ma maladie est prise en charge à cent pour cent ! Il vous est seulement proposé de pouvoir prétendre à cette indemnité en vous adressant à la commission de réforme de votre administration si vous avez besoin d’une tierce- personne ( lettre + certif médical) les critères sont sévères il faut quasiment être grabataire.. Où adresser ce courrier ? Rectorat - ?? Inspection académique ?? Je bénéficie d’une téléassistance (pose et appareil payé par le Conseil Général ) abonnement 48 euros mensuels à ma charge. j’ai une aide ménagère et des services divers par une association., deux matinées par semaine Mais mon état s’aggrave et j’ aurai besoin de davantage d’aide car je ne me déplace presque plus seule…
Mais c’était au temps où le CHEMIN n’était pas tracé c’est pourquoi il faut continuer à lutter pour que les personnels en activité, malades ou handicapés puissent travailler sans demander la charité et inclure pleinement les retraités dont l’expérience peut être utile et qui sont toujours aussi démunis devant l’Administration.
Tout cela je l’ai appris seule, les délais pour traiter les dossiers sont trop longs. ( J’ai attendu janvier 2006 pour connaître les décisions. ( demande faite un an à l’avance) . En attendant, ce petit cadeau vous montrera que même en tremblant, on peut faire apparaître le soleil
J’ai intégré le tremblement dans la peinture ! je m’en suis mis partout et ce dessin( huile sur papier 24x30
Se nomme « l’espoir ». Rajoutons est au bout du CHEMIN!
Bonne Rentrée à Tous Denise